Stratégie de rémunération du dirigeant en 2026 : salaire, dividendes ou compte courant d'associé ?
Chaque automne, le même rituel se rejoue dans les cabinets bordelais d'expert-comptable et de gestion de patrimoine : le dirigeant arrive avec son liasse fiscale, son projet de bilan, et la même question lancinante. « Comment je me sors mon revenu cette année ? Salaire, dividendes, ou je laisse le résultat dans la société ? ». La réponse n'est pas universelle. Elle dépend du statut social, du résultat distribuable, du patrimoine global, des projets en cours, et de l'horizon de transmission.
Trois leviers principaux existent : la rémunération en salaire ou en gérance, la distribution de dividendes, et le compte courant d'associé. Beaucoup de dirigeants n'utilisent que les deux premiers, sans réaliser qu'un compte courant bien alimenté est l'un des outils les plus puissants pour ajuster sa trésorerie personnelle d'année en année sans aucun coût fiscal supplémentaire.
La thèse de cet article est qu'il n'existe pas de schéma optimal universel, mais qu'il existe en revanche un cadre d'arbitrage rationnel que tout dirigeant devrait appliquer chaque année. Ce cadre intègre la couverture sociale, le coût marginal de chaque euro versé, l'effet de levier sur la holding, et la stratégie de transmission. À Bordeaux, où nous accompagnons des dirigeants de PME en croissance comme des professions libérales établies, le mix optimal varie typiquement entre 30/70 et 70/30 entre salaire et dividendes selon les profils.
Les trois leviers décortiqués
Le salaire ou la rémunération de gérance
C'est la rémunération du travail effectif. Son régime social dépend du statut.
- Président de SAS / SASU : assimilé salarié, rattaché au régime général. Charges sociales lourdes (de l'ordre de 70 à 80 % du net), couverture complète (maladie, retraite, prévoyance), pas de cotisation chômage sauf souscription privée.
- Gérant majoritaire de SARL / EURL : travailleur non salarié, rattaché à la SSI. Charges plus légères (40 à 45 % du net), couverture moins généreuse (notamment retraite et prévoyance, à compléter par des contrats Madelin / loi PER).
- Gérant minoritaire ou égalitaire de SARL : assimilé salarié comme le président de SAS.
Au-dessus du plafond annuel de la sécurité sociale, le rendement social du salaire chute fortement : les cotisations patronales et salariales restent dues sans contrepartie de droits supplémentaires significatifs. C'est ce qui explique que beaucoup de dirigeants plafonnent leur salaire autour de 1 à 2 PASS et complètent en dividendes.
Les dividendes
Distribués sur le bénéfice après IS, les dividendes sont fiscalisés à hauteur du PFU à environ 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de PS). L'option pour le barème progressif de l'IR avec abattement de 40 % est possible mais rarement avantageuse au-delà des tranches basses.
Pour un gérant majoritaire de SARL, attention : la fraction des dividendes excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et du compte courant d'associé est soumise à cotisations sociales TNS, ce qui réduit fortement l'avantage par rapport au salaire. Cette règle ne s'applique pas en SAS.
Le compte courant d'associé
C'est l'outil le plus mal connu et pourtant le plus souple. Quand vous avez prêté de l'argent à votre société (apport en compte courant, apport en nature non rémunéré, salaire ou dividendes votés mais non encore versés), la société vous doit ces sommes. Leur remboursement n'est pas une rémunération : c'est le remboursement d'une dette, donc aucune fiscalité.
Le compte courant peut être rémunéré par un intérêt déductible pour la société (dans la limite d'un taux fiscal maximum publié périodiquement), et imposable pour le dirigeant comme revenu de capitaux mobiliers (PFU). Il sert d'amortisseur de trésorerie : les années où vous avez besoin de cash, vous vous remboursez ; les années fastes, vous laissez les sommes dans l'entreprise.
Cas chiffré : Antoine, dirigeant SAS d'une société à 250 K€ de résultat
Antoine, 42 ans, président d'une SAS de conseil en ingénierie installée à Pessac, dégage chaque année 250 K€ de résultat avant rémunération. Il vit à Bordeaux avec son épouse et trois enfants, charges familiales annuelles autour de 110 K€. Il n'a pas de holding patrimoniale (encore).
Scénario 1 : tout en salaire
- Brut chargé maximum mobilisable : autour de 250 K€.
- Salaire net avant IR : environ 145 K€.
- IR au barème (avec quotient familial) : autour de 30 K€.
- Net disponible : environ 115 K€.
- Couverture sociale maximale, abondement PER possible.
Scénario 2 : tout en dividendes
- Résultat avant IS : 250 K€.
- IS (taux réduit + taux normal selon tranches) : environ 50 K€.
- Bénéfice distribuable : environ 200 K€.
- PFU à 30 % : environ 60 K€.
- Net disponible : environ 140 K€.
- Couverture sociale quasi nulle : à compléter par une assurance-maladie privée et un effort retraite personnel important.
Scénario 3 : mix salaire 80 K€ + dividendes
- Salaire brut chargé : environ 137 K€ (correspondant à 80 K€ net).
- Salaire net après IR : environ 60 K€.
- Résultat restant après salaire et charges : environ 113 K€.
- IS sur ce résultat : environ 22 K€.
- Bénéfice distribuable : environ 91 K€.
- Dividendes nets après PFU : environ 64 K€.
- Net total disponible : environ 124 K€.
- Couverture sociale correcte : retraite générale, prévoyance, validation de trimestres complets.
Scénario 4 : mix optimisé avec compte courant et PER
- Salaire net : 60 K€ (validation trimestres + couverture).
- Versement PER de 10 K€ déductible (ramène la base IR de salaire).
- Dividendes : 50 K€ nets.
- Remboursement de compte courant antérieur : 20 K€ non fiscalisés.
- Net disponible : environ 130 K€ tout en conservant 35 K€ dans la trésorerie d'entreprise pour réinvestissement.
La leçon est claire : le scénario tout salaire détruit du pouvoir d'achat ; le scénario tout dividendes maximise le net immédiat mais détruit la couverture sociale ; les scénarios mixtes équilibrent les deux et ouvrent des options patrimoniales. Le scénario 4 est typiquement celui que nous construisons avec nos clients bordelais.
Le rôle structurant de la holding
Tout change dès qu'une holding patrimoniale est interposée entre la société d'exploitation et le dirigeant. Les dividendes versés par la fille à la holding bénéficient du régime mère-fille, exonérés à 95 %. La holding capitalise ces sommes ou les réinvestit (immobilier, parts de fonds, contrat de capitalisation), et le dirigeant ne se verse personnellement que ce dont il a besoin pour vivre.
Pour Antoine, la création d'une holding permettrait par exemple de :
- Faire remonter 100 K€ de dividendes par an à la holding (frottement IS quasi nul).
- Y constituer une réserve d'investissement à long terme.
- Réduire son salaire personnel à 60 K€ nets, suffisant pour vivre.
- Accumuler dans la holding une capacité d'acquisition immobilière professionnelle ou de prise de participation.
Les variables à intégrer dans l'arbitrage
L'horizon de retraite
Si vous êtes à plus de 15 ans de la retraite, prioriser un salaire suffisant pour cotiser à taux plein vaut souvent l'effort social. À l'inverse, à 5 ans de la retraite, le rendement marginal d'une cotisation supplémentaire est faible et les dividendes redeviennent compétitifs.
La couverture prévoyance
Un dirigeant TNS ou peu salarié est sous-couvert sur l'invalidité et la prévoyance décès. Il est impératif de souscrire en parallèle un contrat de prévoyance privée correctement dimensionné (2 à 3 PASS de capital décès, rente d'invalidité couvrant les charges familiales).
Le PER (Plan d'Épargne Retraite)
Le PER permet de déduire de l'IR un effort d'épargne retraite plafonné autour de 10 % des revenus professionnels (avec un plafond annuel et un report possible des plafonds non utilisés). Pour un dirigeant en TMI 41 % ou 45 %, le rendement fiscal immédiat est très significatif. C'est un complément naturel au salaire, surtout avant 55 ans.
Le projet de transmission
Si vous envisagez une donation aux enfants à moyen terme, capitaliser dans la société (ou dans la holding) plutôt qu'en personnel facilite la transmission via Pacte Dutreil et démembrement. À l'inverse, si vous voulez transmettre du cash ou de l'immobilier locatif personnel, il faut sortir suffisamment chaque année.
Le projet immobilier
Une banque évaluant votre capacité d'emprunt regarde votre revenu déclaré. Un dirigeant qui ne se verse que des dividendes peut paradoxalement être moins crédible auprès des banques qu'un dirigeant salarié, malgré une capacité financière équivalente. Anticiper un projet immobilier personnel à 18-24 mois peut justifier une rémunération salariale plus marquée temporairement.
Spécificités bordelaises
Sur le marché girondin, plusieurs profils se détachent :
- Le dirigeant de PME industrielle ou de services (Mérignac, Pessac, rive droite) : souvent un mix 50/50, complété par PER et prévoyance.
- Le médecin ou avocat associé en BNC ou en SEL : arbitrage SEL à l'IS vs BNC en direct, avec des effets très différents sur la rémunération et les charges.
- Le dirigeant en phase de cession : préparer le 150-0 B ter implique souvent de réduire la rémunération les 24 mois précédant la cession pour maximiser la trésorerie distribuable.
Les outils complémentaires souvent oubliés
Au-delà des trois leviers principaux (salaire, dividendes, compte courant), plusieurs dispositifs complémentaires viennent affiner la stratégie de rémunération du dirigeant. Ils sont souvent négligés mais peuvent représenter plusieurs milliers d'euros de gain net annuel.
Les frais de double résidence et frais professionnels
Pour un dirigeant qui partage son temps entre Bordeaux et un site secondaire (Paris, Toulouse, Lyon), les frais professionnels réels (logement, déplacements, restauration) peuvent être déduits sous conditions. Cette piste est sous-utilisée par les dirigeants qui se contentent du forfait de 10 %.
L'épargne salariale
Intéressement, participation, abondement PEE et PERCO sont accessibles dès lors que la société compte au moins un salarié non dirigeant. Ils permettent de verser jusqu'à plusieurs milliers d'euros en franchise sociale et fiscale (sous plafonds), au bénéfice du dirigeant comme de ses équipes. Pour une PME bordelaise de 10 à 50 salariés, c'est un levier puissant et peu coûteux à mettre en place.
L'avantage en nature voiture
L'utilisation d'un véhicule de société génère un avantage en nature soumis à charges et impôt, mais souvent à un coût global inférieur à l'acquisition personnelle d'un véhicule équivalent. Le calcul doit être fait au cas par cas, en intégrant TVA, malus, fiscalité du véhicule en société.
Le contrat Madelin / PER catégoriel
Pour un TNS, les versements sur un PER individuel ou un Madelin retraite sont déductibles dans la limite de plafonds annuels significatifs. Pour un dirigeant assimilé salarié, l'entreprise peut mettre en place un PER catégoriel (article 83 ou PERO) financé par l'employeur, déductible du résultat et exonéré d'IR pour le bénéficiaire.
Pour vous si... / Pas pour vous si...
Pour vous si :
- Votre société dégage plus de 100 K€ de résultat distribuable annuel.
- Vous n'avez jamais formellement comparé les trois leviers (salaire, dividendes, compte courant).
- Vous êtes en tranche marginale 41 % ou 45 % à l'IR.
- Vous envisagez une holding ou une transmission à moyen terme.
- Votre couverture prévoyance n'a jamais été auditée.
Pas pour vous si :
- Votre société dégage moins de 50 K€ de résultat : la marge d'optimisation est faible.
- Vous êtes en micro-entreprise (régime forfaitaire qui rend l'arbitrage non pertinent).
- Vous êtes à plus de 6 mois d'une cession imminente sans intention de poursuivre l'activité.
Conclusion
La stratégie de rémunération est l'un des rares leviers patrimoniaux que le dirigeant peut ré-arbitrer chaque année, sans coût juridique de mise en place. Pourtant, dans la pratique, la majorité des dirigeants reproduisent le même schéma année après année, sans avoir comparé sérieusement les trois leviers à leur disposition. Le coût de cette inertie peut représenter 5 à 15 K€ de pouvoir d'achat perdu chaque année.
L'arbitrage rationnel passe par une simulation chiffrée intégrant le statut social, l'IS de la société, la TMI personnelle, le PER, la prévoyance, et le projet patrimonial à 5 ans. Le cabinet Garonne Patrimoine accompagne ses clients dirigeants girondins dans cette simulation annuelle, en lien avec leur expert-comptable. Si vous souhaitez challenger votre stratégie de rémunération 2026, nous vous proposons un premier rendez-vous gratuit d'une heure pour passer en revue vos arbitrages actuels et identifier les pistes d'optimisation immédiate.
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